IA : Construire une bulle, mode d'emploi

Si les fondateurs d'entreprises d'IA ou de robotiques pitchent bien, ils grossissent aussi souvent la réalité de leur produit. Etant donné le volume d'argent en jeu, tout l'écosystème ferme les yeux. Mécanique d'une bulle…

Encore un article sur la bulle de l'IA pourrait s'exclamer le lecteur ! Il est vrai que beaucoup a été dit, sur la fébrilité des marchés, la circularité des investissements (OpenAI achetant des processeurs AMD, qui à son tour investit dans OpenAI…), la démesure des coûts de la dette créée par ces investissements, le faible rendement des processeurs dédiés à l'IA, la difficulté de mesurer la productivité agrégée issue de l'IA… Et de l'autre côté, les défenseurs de l'absence de bulle soulignent les chiffres d'affaires déjà substantiels d'OpenAI, d'Anthropic, de Nvidia, les ratios mesurés d'endettements des « sept magnifiques », la progression des technologies…

Décalage

Un facteur semble toutefois moins souvent pris en compte : la surestimation chronique du potentiel des technologies à court terme. Un épisode du podcast « Hard Fork » des journalistes américains Kevin Roose & Casey Newton en fait magistralement la démonstration. Ils y invitent Bernt Bornich, CEO de 1X, entreprise qui conçoit et fabrique des robots humanoïdes.

VIDEO - « Aucune entreprise n'échappera » à l'explosion de la bulle de l'IA : la mise en garde du patron de Google

Selon Bornish, son robot NEO peut plier les draps, les vêtements, passer l'aspirateur en bougeant les chaises, ouvrir une porte, apporter une bouteille… Soit, comme il l'affirme, 80 % des tâches ménagères. Bornich n'est pas non plus avare de prédictions hyperboliques : il affirme que 10 % des foyers américains auront un robot humanoïde d'ici à 2030.

Selon Bornish, son robot NEO peut plier les draps, les vêtements, passer l'aspirateur en bougeant les chaises, ouvrir une porte, apporter une bouteille… Soit, comme il l'affirme, 80 % des tâches ménagères. Bornich n'est pas non plus avare de prédictions hyperboliques : il affirme que 10 % des foyers américains auront un robot humanoïde d'ici à 2030.

Illusion écosystémique

Comment expliquer un tel décalage entre ce qu'exprime Bornich et la réalité ?

Certains pourront observer qu'il n'y a là rien de nouveau. Il y a quelques mois, les robots Optimus d'Elon Musk avaient été mobilisés comme barmans (ou barmaids) lors d'un cocktail : l'assistance avait été subjuguée par leur agilité, et plus encore par l'à-propos dont ils étaient capables lorsqu'on discutait avec eux. Interrogé à ce propos, Musk était alors resté évasif sur le fait qu'ils étaient radiocommandés et que leurs voix venaient d'un opérateur.

Tout cela serait amusant s'il ne s'agissait que de sortes de performances sans conséquences. Le problème est qu'il y a de l'argent en jeu, et beaucoup. Tellement que la culture start-up a suscité une génération entière de jeunes gens remarquablement doués pour « pitcher » leur entreprise, avoir des réponses à tout, parler vite : une mode actuellement dans la Silicon Valley, théâtralisant l'idée que certains ont une intelligence si fulgurante qu'ils sont obligés de parler très vite.

Le problème, donc, est que lorsque l'on est rentré dans ce jeu on ne peut plus s'arrêter.D'autant moins lorsque l'ensemble de l'écosystème est dans cette situation : se crée alors une forme de culture de masse où tout un chacun se convainc que « cette fois-ci c'est différent » et que le point de singularité (le moment où les règles anciennes ne s'appliquent plus) est à quelques encablures temporelles. Ce qui se passe probablement avec les robots, l'avènement de l'intelligence artificielle générale, l'existence de gains de productivité immenses, dans le code, le marketing, les ventes, la finance… A chaque fois, les chiffres les plus fragiles sont surexploités sans aucune précaution et, à la fin, on se retrouve avec des investissements qui totalisent 4.500 milliards de dollars, soit environ 4,5 % du PIB… mondial en jeu, et on n'a pas d'autre choix que de continuer à y croire et y faire croire.

Sec Babgi